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Et si la technologie pouvait réduire les barrières de la surdité ?

Le 07/07/2026

Sourd de naissance, Julien Monnet a fait de son parcours personnel un moteur d’innovation et d’inclusion. Directeur de Tadeo, il œuvre depuis plus de vingt ans à rendre la communication accessible aux personnes sourdes et malentendantes grâce à des solutions de transcription et d’interprétation à distance.

Au micro de Vivre FM, il revient sur les avancées technologiques qui transforment le quotidien de milliers d’usagers, mais aussi sur les défis qui restent à relever pour construire une société véritablement inclusive. 

Retrouvez l'interview de Julien Monnet ici : https://vivre.fm/posts/2026/06/julien-monnet-directeur-tadeo 

Julien Monnet Vivre FM

Transcription du podcast Vivre FM, l'invité de la rédaction.
 

Vous êtes en bonne compagnie sur Vivre FM. (Musique) 

- Jason : Aujourd’hui, on s’intéresse à l’accessibilité dans le monde du travail et, plus largement, à l’inclusion des personnes sourdes et malentendantes dans la société, avec des solutions technologiques et humaines qui ont été développées ces dernières années. On en parle avec Julien Monnet. Vous êtes le directeur de Tadeo. Bonjour Julien. 

- Julien : Bonjour Jason. 

- Jason : Alors, peut-on commencer par la philosophie de Tadeo ? Ensuite, nous entrerons dans le détail des solutions que vous proposez. 

- Julien : La philosophie de base, c’est l’égalité entre les personnes sourdes ou malentendantes et les personnes entendantes dans l’environnement professionnel. 

Il s’agit de faire en sorte que les personnes sourdes puissent accéder à l’information en même temps que les entendants, afin qu’elles puissent se concentrer sur leurs compétences et non pas se battre au quotidien, en permanence, pour essayer de rester au même niveau que leurs interlocuteurs. 

Tadeo a aujourd’hui 20 ans, et depuis l’origine, la philosophie est de garantir une autonomie totale aux personnes sourdes, afin qu’elles puissent évoluer dans leur carrière sur la base de leurs compétences et de leurs talents, sans que le handicap ne soit un frein ou un sujet. 

- Jason : Peut-on faire un constat à deux niveaux, au niveau de la société et au niveau de l’entreprise ? Existe-t-il des discriminations et des barrières pour les personnes sourdes et malentendantes, que ce soit pour accéder à des modes de vie, des conversations ou encore à des outils de travail ? 

- Julien : Absolument. Depuis une vingtaine d’années, il faut savoir qu’il y a eu une véritable révolution au niveau national et mondial : le numérique. 

Le numérique a été un formidable vecteur de solutions et d’innovations techniques et humaines, permettant aux personnes sourdes ou malentendantes d’être beaucoup plus autonomes et de bénéficier d’un confort de vie professionnelle et familiale qui aurait été difficilement envisageable dans les années 70, 80 ou 90, où il existait une forte dépendance vis-à-vis des entendants. 

Aujourd’hui, le numérique permet d’accéder à des solutions simples, faciles à mettre en place, avec un écosystème construit depuis plusieurs décennies par les institutions et par le gouvernement. Je pense notamment à l’Agefiph ou au FIPHFP. Ce sont des organismes qui accompagnent les employeurs dans le financement de ces solutions. Il existe donc un environnement qui permet d’accéder facilement à ces dispositifs, beaucoup plus favorable aux personnes sourdes ou malentendantes aujourd’hui et demain. 

- Jason : Vous êtes sourd de naissance, je crois. Aujourd’hui, grâce aux progrès, est-ce que c’est plus facile de vivre en étant sourd qu’il y a 50 ans, par exemple ? 

- Julien : C’est difficile de comparer sur des périodes aussi longues. Mais effectivement, je suis sourd de naissance, né en 1976. À l’époque, les appareils auditifs existaient déjà, la surdité était connue, et il y avait les premières innovations comme l’implant cochléaire. 

En 50 ans, il y a eu une progression exceptionnelle des solutions techniques et humaines, mais aussi des connaissances sur la surdité, ses origines, et les moyens d’accompagner les enfants et adolescents sourds, ainsi que les adultes qui deviennent sourds. 

C’est un point important : 90 % des personnes sourdes ou malentendantes le deviennent au cours de leur vie. Ce sont donc, à l’origine, des personnes entendantes. Il faut aussi savoir les accompagner dans ce parcours. 

Moi, je fais partie d’une minorité : les personnes sourdes de naissance. J’ai fait 13 ans d’orthophoniste. Je fais partie de ces personnes dites oralistes. Parmi les personnes sourdes, certaines s’expriment également en Langue des Signes Française, qui est une langue à part entière, avec son histoire, sa culture et sa syntaxe, au même titre que l’allemand ou l’anglais. 

L’objectif est de pouvoir s’adresser à 100 % de ces personnes, soit via la Langue des Signes Française grâce à des interprètes, soit via des transcripteurs, c’est-à-dire des personnes qui sous-titrent en temps réel toutes les communications du quotidien. 

- Jason : Vous avez justement fondé Tadeo avec des solutions pratiques, notamment dans le monde du travail. Pouvez-vous nous en parler ? 

- Julien : Petite précision : je ne suis pas le fondateur de Tadeo, j’aurais aimé avoir cet honneur… 

- Jason : Vous êtes le directeur. 

- Julien : Voilà, je suis le directeur de l’activité. J’ai rejoint l’entreprise quelques années après sa création, grâce à ma grande sœur, elle aussi sourde, qui m’en a parlé lors d’un dîner de famille. 

J’ai rejoint l’entreprise début 2012. 

Ce qui m’a surpris, c’est son positionnement : garantir aux personnes sourdes l’accès à l’information avec le même niveau de qualité et de précision que les entendants, en réunion, en appel téléphonique ou en visioconférence. 

Je travaillais alors dans le numérique, et l’idée d’avoir la même information en temps réel, sans décalage (soit moins d’une seconde) ce qui m’a beaucoup intrigué. Car si le sous-titrage arrive dix secondes après, la conversation est déjà passée et il devient impossible d’intervenir. L’objectif était donc la qualité et la spontanéité. 

- Jason : Il y a donc une forme de mise à l’écart. 

- Julien : Exactement. La solution Tadeo est née en 2006 et s’adresse aux employeurs pour leurs salariés sourds ou malentendants, afin qu’ils puissent être autonomes au quotidien. Ils bénéficient d’une prestation à distance de transcription, assurée par des transcripteurs formés. 

- Jason : Il y a donc de l’humain derrière ? 

- Julien : Absolument. Ce n’est pas de l’intelligence artificielle. Même si l’IA existe depuis longtemps et évolue beaucoup aujourd’hui, la dimension humaine reste essentielle. Et elle a encore de beaux jours devant elle dans le domaine de l’accessibilité. 

- Jason : En entreprise, les outils permettent donc d’intervenir sur des réunions ou des visios en direct, en temps réel ? 

- Julien : Le meilleur indicateur de l’adéquation de Tadeo aux besoins des personnes sourdes et de leurs employeurs, c’est le développement de l’entreprise. Nous étions 15 salariés en 2006, nous sommes près de 130 aujourd’hui. 

Cela montre la santé de l’entreprise, mais aussi l’importance des besoins et la fidélité de nos clients. 

La qualité de la transcription, de la visio-interprétation et surtout la disponibilité immédiate sont essentielles. 

Par définition, le moyen de communication le plus courant est le téléphone. Et le cliché est bien connu : « un sourd ne peut pas téléphoner ». 

Mais si, une personne sourde peut téléphoner. Cela suppose simplement qu’un interprète ou un transcripteur soit immédiatement disponible. C’est ce que nous faisons depuis 20 ans : nous répondons en moins de 30 secondes à chaque appel. 

Ainsi, une personne sourde peut passer et recevoir des appels comme une personne entendante. 

Le meilleur exemple de réussite, ce sont des personnes sourdes qui travaillent comme téléconseillers en centre d’appel. 

- Jason : D’accord. 

- Julien : Elles passent donc leurs journées au téléphone et répondent à des clients entendants. C’est pour nous un signe fort de réussite. 

- Jason : Tadeo s’adresse-t-il surtout à de grandes entreprises, ou aussi à des structures plus modestes, sachant qu’il existe des aides comme celles de l’Agefiph ? 

- Julien : Parmi nos clients, on trouve aussi bien des ministères que des auto-entrepreneurs. Nous travaillons avec des entreprises, associations et établissements publics de toutes tailles. 

Nous avons des TPE, PME, collectivités, ministères, mais aussi des professions libérales. 

Certains de nos clients évoluent dans des environnements très sensibles en matière de sécurité, jusqu’au niveau confidentiel défense. Nos prestations respectent donc des exigences strictes de sécurité. Nous intervenons ainsi dans des ambassades, des centrales nucléaires ou encore des banques. 

- Jason : Vous intervenez sur tout le territoire, pas seulement en région parisienne ? 

- Julien : Oui, sur l’ensemble du territoire français, y compris les départements d’outre-mer. Nous avons des bénéficiaires à La Réunion, aux Antilles et en Guyane, ainsi que des clients en Suisse et en Belgique. 

- Jason : Dernière question : peut-on dire qu’avec Tadeo, on parle aujourd’hui d’un enjeu d’accessibilité universelle ? 

- Julien : Oui, absolument. Le message principal, c’est qu’il y a quelques années encore, les obstacles étaient nombreux. C’était un combat quotidien pour les personnes sourdes. 

Aujourd’hui, grâce au numérique, l’accès à ces solutions est facilité, et il n’y a plus vraiment d’excuses. Pour les personnes sourdes ou malentendantes comme pour les employeurs, les solutions existent. Il faut surtout un peu de volonté. 

- Jason : Oui, du côté des employeurs, c’est très important. C’est là que les choses évoluent, pas seulement dans les grandes entreprises. Merci beaucoup Julien Monnet ! 

Je rappelle que vous êtes directeur de Tadeo, une solution d’accessibilité qui permet aux personnes sourdes ou malentendantes de communiquer en temps réel dans le monde professionnel. On est vraiment sur de l’instantané, comme on l’a compris. 

Merci beaucoup Julien ! 

- Julien : Merci à vous ! 

 

 

 

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